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Baux commerciaux

Baux dérogatoires et conventions précaires : fréquence et enjeux de la requalification (2022-2026)

Autour des baux dérogatoires et des conventions d'occupation précaire, la requalification en bail statutaire est près de six fois plus souvent débattue que dans le reste du contentieux ; elle y sert d'abord de défense contre la libération des lieux, rarement de levier d'une indemnité d'éviction.

Publié le 28 août 2026

Une qualification qui se paie

Le bail commercial statutaire protège le preneur : droit au renouvellement, et à défaut, indemnité d'éviction. Pour s'en affranchir, la pratique recourt à des figures de courte durée ou de précarité — le bail dérogatoire de l'article L. 145-5 du code de commerce, la convention d'occupation précaire de l'article L. 145-5-1 — ou laisse la qualification dans le flou. Mais ces montages sont fragiles : maintien dans les lieux à l'expiration du terme, précarité de façade, requalification. Le preneur qui obtient le bénéfice du statut change de position ; le bailleur qui l'a évité voit ressurgir des obligations qu'il croyait écartées.

Ce rapport isole les décisions où le bail n'est pas d'emblée un bail commercial statutaire : baux dérogatoires, conventions d'occupation précaire, et qualifications restées litigieuses. Il examine ce que ces litiges tranchent réellement, à quelle fréquence la requalification en bail statutaire y est en jeu, et ce qui se joue financièrement autour de ces baux d'exception.

Trois portes d'entrée hors statut

La cohorte réunit 1 208 décisions, soit un litige de baux commerciaux sur quatorze environ (7 % du corpus). Elle se compose de trois figures :

  • 803 décisions où la qualification du bail est restée indéterminée ou disputée (les deux tiers de la cohorte) ;
  • 322 baux dérogatoires de courte durée (art. L. 145-5 du code de commerce) ;
  • 83 conventions d'occupation précaire (art. L. 145-5-1).

Ces baux d'exception sont donc numériquement marginaux ; leur intérêt tient à ce qu'ils portent, presque à eux seuls, la question de la qualification — celle qui décide si le preneur relève, ou non, du statut protecteur.

Ce que ces litiges tranchent vraiment

Avant de mesurer la requalification, il faut voir ce qui amène ces baux devant le juge. La demande principale n'est presque jamais la qualification elle-même :

  • 888 décisions (73 %) portent sur le paiement des loyers et charges, la résiliation du bail et l'expulsion ;
  • 208 relèvent d'autres demandes ;
  • 50 de l'exécution de travaux à la charge du bailleur ;
  • 26 de la contestation d'un congé ou d'un renouvellement ;
  • 14 seulement ont pour objet principal la nullité du bail, et 11 l'évaluation d'une indemnité d'éviction.

Le contentieux de ces baux d'exception est donc, d'abord, un contentieux de l'impayé et de la libération des lieux. La qualification du bail n'y arrive pas comme une demande frontale : elle surgit en défense ou en incident, quand le preneur menacé de devoir quitter les lieux oppose qu'il relève en réalité du statut protecteur.

Constat marginal

La requalification en bail statutaire est expressément discutée dans environ 108 des 1 208 décisions de la cohorte, soit près d'un litige sur onze. Dans le reste du contentieux des baux commerciaux, la question n'apparaît que dans 1,5 % des décisions : le débat de requalification est donc près de six fois plus fréquent autour de ces baux d'exception.

Cette fréquence varie selon la figure employée :

  • convention d'occupation précaire : la requalification est en cause dans près d'une décision sur quatre (environ 24 %) — c'est le type de bail où elle est le plus souvent discutée ;
  • bail dérogatoire : environ une décision sur dix (environ 10 %) ;
  • qualification litigieuse : environ une sur quatorze (environ 7 %).

Une précision de méthode s'impose : ces chiffres mesurent la fréquence à laquelle la requalification est soulevée et discutée, non un taux de succès. La requalification se tranche au cas par cas, au regard de la commune intention des parties et des conditions réelles d'exploitation ; son issue se lit décision par décision. Le constat statistique demeure : ce débat est concentré, mesurable, et le plus fréquent pour la convention d'occupation précaire.

Ce qui se joue en argent

Puisque ces litiges portent d'abord sur l'impayé et la libération des lieux, les sommes en jeu sont celles de l'arriéré et des frais, non celles de l'éviction.

  • Arriérés de loyers alloués : lorsque le jugement chiffre un arriéré, la condamnation médiane s'établit à environ 4 500 €. Un quart des décisions restent sous 1 150 €, un quart dépassent 9 300 €, et une sur dix dépasse 25 000 €.
  • Frais irrépétibles (article 700 du code de procédure civile) : quasi systématiques, ils sont alloués pour une médiane de 1 500 € ; trois quarts des décisions allouent moins de 2 000 €, et neuf sur dix moins de 3 000 €.

Surtout, un poste est presque absent : l'indemnité d'éviction — la contrepartie monétaire du statut, due au preneur évincé d'un bail statutaire — n'est au cœur que d'une poignée de ces décisions. Ces contentieux s'arrêtent en amont : on y discute la libération des lieux et l'arriéré, rarement le prix de la protection. La requalification, lorsqu'elle est plaidée, l'est ainsi surtout comme moyen de défense contre la libération des lieux, non comme levier d'une indemnité d'éviction.

Qui juge, et où

Ces litiges se tranchent d'abord en première instance : deux décisions sur trois émanent d'un tribunal judiciaire (67 %), une sur trois d'une cour d'appel (33 %).

Géographiquement, l'Île-de-France domine : Paris en tête, suivie des tribunaux de Bobigny, Pontoise, Nanterre et Versailles. Viennent ensuite un pôle méridional (Aix-en-Provence, Marseille, Nîmes) et Bordeaux. Les ressorts d'outre-mer — La Réunion, Papeete, Nouméa, la Martinique et la Guadeloupe — occupent une place notable dans cette cohorte.

Répartition géographique des litiges

Chaque cercle figure une juridiction ; sa taille reflète le nombre de décisions de la cohorte qui en émanent. La carte fait ressortir la prédominance de l'Île-de-France (Paris et les tribunaux de la couronne), un pôle méridional autour d'Aix-en-Provence, et la présence marquée des ressorts d'outre-mer.

Paris concentre 15 % du volume cumulé — près de deux fois Bobigny.

ParisBobignyPontoise
Volume
taille du cercle · 1 → 161

Recalculé le 28 août 2026

Quelques décisions où la requalification est en jeu

Un aperçu de décisions récentes portant sur un bail dérogatoire ou une convention d'occupation précaire dont la requalification en bail statutaire est discutée. Chaque lien ouvre la décision complète ; le sens dans lequel la qualification a été tranchée se lit au cas par cas.

Recalculé le 28 août 2026

Méthodologie

Corpus. Décisions publiées des tribunaux judiciaires et des cours d'appel en matière de baux commerciaux, sur la période 2022-2026.

Cohorte. 1 208 décisions dont le bail n'est pas un bail commercial statutaire d'emblée : bail dérogatoire (art. L. 145-5 du code de commerce), convention d'occupation précaire (art. L. 145-5-1), ou bail dont la qualification est restée indéterminée ou disputée.

Mesure de la requalification. La « requalification en cause » repère les décisions où la question de la requalification en bail statutaire est expressément discutée. Cet indicateur mesure la fréquence du débat, non son issue : il ne préjuge pas du sens dans lequel le juge a tranché, qui dépend de la commune intention des parties et des conditions réelles d'exploitation, et se lit décision par décision.

Montants. Les médianes portent sur les sommes effectivement allouées par le juge, dans les décisions où le montant figure au jugement.

Lecture. Ce rapport quantifie l'exposition d'un montage contractuel à un risque connu ; il n'a pas vocation à remplacer l'analyse d'une espèce particulière.

Réserve

Ce rapport de jurimétrie a été élaboré avec l'assistance d'une intelligence artificielle, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les analyses reposent sur un corpus de décisions de justice publiées ; elles éclairent des tendances statistiques et ne constituent ni un conseil juridique, ni une garantie sur l'issue d'un litige particulier. Avant tout usage professionnel, il appartient au lecteur de vérifier les références et de se reporter aux décisions dans leur texte intégral.