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Baux commerciaux

Disparités territoriales du contentieux des baux commerciaux

Exploration territoriale des décisions de tribunaux judiciaires et de cours d'appel (2022-2026) dénombrées en tête du rapport : volumes par siège, structure des demandes, arriérés de loyers demandés et alloués, indemnité d'éviction, article 700.

Publié le 24 août 2026

Méthodologie

Le contentieux des baux commerciaux est-il le même à Paris, à Lyon ou à Nîmes ? Ce rapport explore les disparités territoriales du corpus sous trois angles : le volume et la nature des demandes portées devant les juridictions, les montants demandés et alloués (arriérés de loyers, indemnité d'éviction), et l'indemnité de procédure de l'article 700 du code de procédure civile.

Le corpus réunit les décisions rendues de 2022 à 2026 dénombrées en tête du rapport : six sur dix environ émanent de tribunaux judiciaires, quatre sur dix de cours d'appel, et la plupart sont rattachées à une ville siège.

Deux précautions de lecture :

  • La ville est celle du siège de la juridiction. « Paris » regroupe ainsi le tribunal judiciaire et la cour d'appel de Paris ; le ressort d'une cour d'appel dépasse sa ville siège.
  • Les cartes chiffrées de ce rapport agrègent tous les montants figurant dans les décisions, demandes et allocations confondues. Les médianes distinguant montants demandés et montants alloués sont données dans les passages rédigés, calculées séparément sur le même corpus.

Géographie du contentieux : où se juge le bail commercial

Chaque cercle représente une ville siège de juridiction ; sa taille est proportionnelle au nombre de décisions du corpus qui s'y rattachent. Paris concentre près d'un tiers des décisions localisées, et l'Île-de-France (Paris, Versailles, Bobigny, Pontoise, Nanterre) près de la moitié.

Paris concentre 29 % du volume cumulé — plus de trois fois Aix-En-Provence.

ParisAix-En-ProvenceBobigny
Volume
taille du cercle · 155 → 2 350

Recalculé le 30 octobre 2026

Un corpus en forte croissance

Le nombre de décisions disponibles croît fortement sur la période, sous l'effet de l'ouverture progressive des décisions de première instance. L'année 2026 est en cours : son total est provisoire.

637 décisions2 739 décisions4 841 décisions3 394 décisions20222023202420252026
Évolution observée : de 828 décisions en 2022 à 3 394 décisions en 2026 · . . 2026 est en cours.

Recalculé le 30 octobre 2026

Arriérés de loyers : un gradient territorial marqué

Montants d'arriérés de loyers figurant dans les décisions, demandes et allocations confondues (médiane par ville siège). Versailles et Paris, au-delà de 25 000 €, se détachent nettement de Lyon (environ 7 800 €) et de Nîmes (environ 5 800 €). La valeur très basse de Marseille repose sur un petit nombre de montants relevés et doit être lue avec prudence.

Trier
Ville siègeMédiane · Arriérés de loyers
  1. Aix-En-Provence631 (100 %)13 300 €
  2. Bobigny520 (100 %)13 200 €
  3. Bordeaux441 (100 %)15 000 €
  4. Lyon473 (100 %)7 800 €
  5. Marseille289 (88 %)1 800 €
  6. Montpellier249 (76 %)10 600 €
  7. Nanterre325 (99 %)16 900 €
  8. Nîmes283 (87 %)5 800 €
  9. Paris2 359 (100 %)26 300 €
  10. Pontoise400 (100 %)15 500 €
  11. Toulouse231 (71 %)8 000 €
  12. Versailles450 (100 %)32 600 €
12 strates · 327 décisions au total.

Recalculé le 31 octobre 2026

Demandé et alloué : la disparité vient des demandes

Les médianes calculées séparément sur les montants demandés et sur les montants alloués (corpus complet) montrent que le gradient territorial est déjà présent dans les demandes des bailleurs, et que les juridictions allouent partout une fraction comparable de ce qui est demandé :

Ville siègeArriérés demandés (médiane)Arriérés alloués (médiane)
Versailles29 113 €33 738 €
Paris31 692 €26 292 €
Pontoise19 548 €19 406 €
Aix-en-Provence21 171 €17 502 €
Bordeaux14 900 €17 010 €
Bobigny16 970 €15 433 €
Nanterre18 076 €15 159 €
Montpellier15 223 €10 704 €
Rennes14 483 €11 158 €
Lyon10 865 €8 862 €
Nîmes7 405 €6 601 €

Deux constats :

  • Les montants demandés vont du simple au quadruple entre Nîmes et Paris. Cette hiérarchie suit vraisemblablement celle des loyers commerciaux locaux, l’arriéré étant un multiple du loyer.
  • Le rapport entre médiane allouée et médiane demandée reste dans une fourchette étroite, de l’ordre de 80 à 100 % dans la plupart des villes. Le gradient territorial apparaît donc dès les demandes, sans écart notable du taux d’allocation entre villes.

Ces médianes sont calculées séparément sur chaque population de montants (pour Versailles et Montpellier, la médiane allouée porte sur les décisions dénombrées en tête du rapport) ; à Bordeaux et à Versailles, où la médiane allouée dépasse la médiane demandée, les deux populations de décisions ne se recouvrent que partiellement (à Bordeaux, 59 décisions avec montant demandé, 37 avec montant alloué).

Article 700 : une indemnité de procédure homogène sur le territoire

Là où les enjeux économiques varient du simple au quadruple selon les villes, l'indemnité de l'article 700 du code de procédure civile reste dans une bande étroite, entre 1 500 € et 2 000 €.

Trier
Ville siègeMédiane · Article 700 CPC
  1. Aix-En-Provence631 (13 %)2 000 €
  2. Bobigny520 (11 %)1 500 €
  3. Bordeaux441 (9 %)2 000 €
  4. Lyon473 (10 %)1 500 €
  5. Marseille289 (6 %)2 000 €
  6. Montpellier249 (5 %)2 000 €
  7. Nanterre325 (7 %)1 500 €
  8. Nîmes283 (6 %)1 500 €
  9. Paris2 359 (48 %)2 000 €
  10. Pontoise400 (8 %)1 800 €
  11. Toulouse231 (5 %)1 500 €
  12. Versailles450 (9 %)2 000 €
12 strates · 4 890 décisions au total.

Recalculé le 31 octobre 2026

L'indemnité d'éviction, un contentieux parisien

L'évaluation de l'indemnité d'éviction se plaide massivement à Paris. Sur le corpus complet, 238 décisions parisiennes ont pour demande principale l'évaluation ou le paiement de l'indemnité d'éviction, contre 22 à Bobigny par exemple ; et sur les 132 décisions de toute la France qui chiffrent une indemnité principale d'éviction allouée (indemnité de remplacement du fonds), 62 émanent de juridictions parisiennes.

Sur ces montants alloués :

  • France entière (132 décisions) : la moitié des décisions allouent moins de 127 866 € ; un quart moins de 59 959 € ; un quart plus de 417 122 €.
  • Paris (62 décisions) : la moitié des décisions allouent moins de 186 600 € ; un quart moins de 83 723 € ; un quart plus de 456 430 €.

Côté demandes, la médiane des indemnités de remplacement demandées s'établit à 210 111 € (212 décisions, France entière), à rapprocher de la médiane allouée de 127 866 € : sur ce poste, l'écart entre demande et allocation est nettement plus marqué que pour les arriérés de loyers.

Hors Paris, les effectifs par ville (une à huit décisions chiffrées) ne permettent aucune médiane locale sérieuse : en l'état du corpus, la disparité territoriale sur l'indemnité d'éviction est d'abord une disparité d'accès à la donnée chiffrée.

Des juridictions au contentieux très différent

La nature des demandes principales varie fortement d'un siège à l'autre. Partout, le couple paiement des loyers et charges / résiliation du bail / expulsion domine, mais dans des proportions très inégales (part parmi les décisions localisées du siège, corpus complet) :

Ville siègePart des demandes en paiement / résiliation / expulsion
Pontoise91 %
Bobigny74 %
Versailles66 %
Nanterre64 %
Lyon61 %
Aix-en-Provence54 %
Paris50 %
Bordeaux39 %

Les sièges de grande couronne et de petite couronne (Pontoise, Bobigny) traitent un contentieux presque exclusivement de recouvrement et d'expulsion. Paris présente au contraire un contentieux diversifié, où la fixation du prix du bail révisé ou renouvelé (397 décisions) et l'évaluation de l'indemnité d'éviction (238 décisions) occupent une place sans équivalent ailleurs.

Parmi les motifs de résiliation invoqués, l'impayé de loyers ou de charges arrive partout en tête. Le deuxième motif varie selon les sièges : défaut d'assurance dans la plupart des villes (particulièrement présent à Bordeaux, avec 32 décisions pour 155 décisions d'impayés), non-respect de la clause de destination à Versailles, cessation d'exploitation et défaut d'entretien à Lyon.

Exemples de décisions statuant sur l'indemnité d'éviction

Décisions récentes dont la demande principale porte sur l'évaluation ou le paiement de l'indemnité d'éviction, à titre d'illustration du contentieux décrit ci-dessus : indemnité fixée, refusée (motif grave et légitime, défaut d'immatriculation du preneur) ou demande déclarée prescrite. Chaque décision a été vérifiée à la lecture de son dispositif.

1.TJ Lyon, Ch. 10 cab 10 J, 15 octobre 2026, n° 23/00085Refus de renouvellement de bail commercial d'un local de club de fitness, rejet de l'indemnité d'éviction faute d'immatriculation de l'établissement secondaire, expulsion et fixation d'une indemnité d'occupation de droit commun.

Indemnité d'éviction refusée : le preneur ne justifiait pas de l'immatriculation du local au registre du commerce et des sociétés, de sorte que le statut ne s'appliquait pas et que le bailleur pouvait rétracter son offre ; expulsion ordonnée et indemnité d'occupation fixée à 1 480 € par mois.

2.CA Montpellier, Ch. commerciale, 13 octobre 2026, n° 25/01347Refus d'indemnité d'éviction au preneur d'un bail commercial de stockage, congé fondé sur un motif grave et légitime tenant à l'adjonction non autorisée d'une activité de vente, avec rejet du manquement à l'obligation de délivrance.

Indemnité d'éviction refusée (210 608 € demandés en appel) : le congé reposait sur un motif grave et légitime, l'adjonction sans autorisation d'une activité de vente à un bail de stockage (art. L. 145-17 du code de commerce) ; jugement confirmé.

3.CA Nîmes, 4ème Ch. commerciale, 9 octobre 2026, n° 24/02293Bail commercial avec congé avec offre d'indemnité d'éviction, demande d'indemnité d'éviction du preneur déclarée prescrite, fixation de l'indemnité d'occupation statutaire puis de droit commun et remboursement de charges indues.

Demande d'indemnité d'éviction (1 416 992 € demandés, dont 834 300 € d'indemnité principale) déclarée irrecevable comme prescrite (art. L. 145-60 du code de commerce) ; indemnité d'occupation statutaire fixée à 102 527 €, puis indemnité d'occupation de droit commun ; charges indues remboursées au preneur.

4.TJ Albertville, 1ère Ch., 9 octobre 2026, n° 20/00388Fixation de l'indemnité d'éviction d'un exploitant de résidence de tourisme après refus de renouvellement du bail commercial, avec indemnité principale et trouble commercial accordées, remploi et déménagement refusés.

Indemnité d'éviction fixée à 51 457 € (indemnité principale) et 1 207 € (trouble commercial), pour 101 773 € demandés et 38 269 € proposés à titre subsidiaire par les bailleurs ; remploi et frais de réinstallation refusés.

5.TJ Albertville, 1ère Ch., 9 octobre 2026, n° 20/00385Fixation de l'indemnité d'éviction d'un exploitant de résidence de tourisme après refus de renouvellement du bail commercial, avec indemnité principale et trouble commercial accordées, remploi et déménagement refusés.

Indemnité d'éviction fixée à 68 158 € (indemnité principale) et 1 598 € (trouble commercial), pour 125 713 € demandés et 50 690 € proposés à titre subsidiaire par la bailleresse ; remploi et frais de réinstallation refusés.

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Recalculé le 31 octobre 2026

Réserve

Plusieurs limites bornent la portée de ces constats.

  • Deux assiettes de calcul coexistent. Les cartes et graphiques calculés portent sur les décisions dénombrées en tête du rapport ; les chiffres cités dans les passages rédigés (médianes demandées et allouées, indemnité d’éviction, structure des demandes) sont calculés sur une population plus large du même corpus. Les ordres de grandeur et les hiérarchies entre villes concordent d’une assiette à l’autre ; les valeurs exactes peuvent différer légèrement.
  • Les cartes chiffrées mêlent demandes et allocations. Le graphique des arriérés par ville agrège tous les montants relevés dans les décisions, qu’ils soient demandés, offerts ou alloués ; la distinction demandé / alloué figure dans le passage rédigé correspondant.
  • La ville est le siège de la juridiction, et regroupe tribunal judiciaire et cour d’appel ; le ressort d’une cour d’appel excède largement sa ville siège.

Note éditoriale

Quelle que soit la matière observée — droit du travail, dommage corporel, ici baux commerciaux —, la jurimétrie fait apparaître des disparités territoriales dans le contentieux. Elles tiennent tant à des facteurs socio-économiques, qui façonnent les faits juridiques portés devant les juridictions, qu’aux habitudes des acteurs locaux — une forme de culture propre à chaque ressort.

Réserve

Ce rapport a été produit avec l’assistance d’une intelligence artificielle générative, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les chiffres et indicateurs sont calculés à partir du corpus Themia ; les interprétations restent à la charge du lecteur. Les références jurisprudentielles citées ont vocation à être vérifiées avant tout usage professionnel.