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Dommage corporel

Les frais de logement adapté

La moitié des sommes allouées au titre des frais de logement adapté sont inférieures à 10 400 € ; un dixième dépasse 230 000 €, lorsque le juge indemnise l’acquisition ou la construction d’un logement. Le montant croît avec le taux de déficit fonctionnel permanent. Décisions judiciaires et administratives de 2022 à 2026.

Publié le 18 septembre 2026

Aménagement ou acquisition : l’objet du poste

Les frais de logement adapté (F.L.A.) sont un poste de préjudice patrimonial permanent de la nomenclature Dintilhac. Ils couvrent les dépenses que la victime doit exposer pour disposer d’un logement adapté à son handicap : aménagement du logement existant (rampe, douche de plain-pied, élargissement des portes, monte-escalier) ou, lorsque ce logement ne peut pas être adapté, acquisition ou construction d’un logement nouveau, auxquelles s’ajoute parfois le surcoût annuel d’usage et d’entretien.

Le poste recouvre donc deux réalités d’ordres de grandeur très différents. Le rapport porte sur les 351 décisions dans lesquelles la juridiction fixe un montant à ce titre, rendues de 2022 à 2026 par les juridictions judiciaires et administratives. Elles se répartissent ainsi :

  • tribunaux administratifs : 34 % ;
  • tribunaux judiciaires : 28 % ;
  • cours d’appel : 24 % ;
  • cours administratives d’appel : 14 %.

Les accidents médicaux et infections nosocomiales fournissent près de six décisions sur dix, devant les accidents de la circulation (près d’une sur quatre) et les accidents du travail et maladies professionnelles (une sur huit).

Montant alloué au titre des frais de logement adapté

La moitié des montants alloués au titre des frais de logement adapté sont inférieurs à 10 400 €, mais un dixième dépasse 230 000 € : du premier au dernier décile, l’écart va d’un à plus de trois cents. Dans un même poste coexistent de simples travaux d’aménagement et l’acquisition d’un logement.

740 €p10234 000 €p903 900 €Q153 600 €Q310 400 €médiane
La moitié des valeurs observées s'étend de 3 900 € à 53 600 € (médiane 10 400 €) ; 80 % entre 740 € et 234 000 €. .

Recalculé le 30 octobre 2026

Demande, offre, décision

La moitié des montants demandés au titre des frais de logement adapté sont inférieurs à 18 700 €, contre 10 400 € pour les montants alloués : la médiane des sommes allouées s’établit à un peu plus de la moitié de celle des sommes demandées. L’écart se creuse dans le haut de la distribution : un dixième des montants demandés dépasse 380 000 €, un dixième des montants alloués 230 000 €. Les offres chiffrées sont rares, de l’ordre d’une pour six montants demandés.

Ces chiffres décrivent des ensembles de montants distincts et non des couples appariés : ils ne mesurent pas, décision par décision, l’écart entre ce qu’une victime demande et ce qu’elle obtient.

Montant médian alloué selon la juridiction

Dans les deux ordres de juridiction, la médiane des montants alloués est plus élevée en appel qu’en première instance : elle passe de près de 7 000 € devant les tribunaux administratifs à 16 300 € devant les cours administratives d’appel. Les dossiers portés en appel ne sont pas ceux jugés en première instance : l’écart ne mesure pas, à lui seul, une différence d’appréciation entre degrés de juridiction.

Trier
JuridictionMédiane · Frais de logement adapté (médiane)
  1. Cour administrative d'appel50 (14 %)16 300 €
  2. Cour d'appel83 (24 %)14 700 €
  3. Tribunal administratif118 (34 %)7 000 €
  4. Tribunal judiciaire99 (28 %)9 100 €
4 strates · 350 décisions au total.

Recalculé le 30 octobre 2026

Le montant selon le taux de déficit fonctionnel permanent

Le montant alloué au titre des frais de logement adapté croît avec le taux de déficit fonctionnel permanent (D.F.P.) retenu dans la même décision.

Taux de D.F.P.Un quart des montants sont inférieurs àLa moitié des montants sont inférieurs àTrois quarts des montants sont inférieurs à
Moins de 20 %1 000 €3 600 €7 900 €
20 à 39 %1 900 €5 100 €13 500 €
40 à 59 %4 300 €16 100 €58 000 €
60 à 79 %5 000 €18 100 €90 000 €
80 à 99 %14 600 €59 000 €320 000 €

La médiane est multipliée par seize entre la première et la dernière tranche. La progression est plus marquée encore pour les montants les plus élevés : trois quarts des montants restent sous 7 900 € lorsque le taux est inférieur à 20 %, sous 320 000 € lorsqu’il atteint 80 %.

Les montants d’au moins 100 000 €, qui correspondent, dans les décisions lues, à l’acquisition ou à la construction d’un logement, sont alloués dans une décision sur sept environ. Dans plus de quatre sur cinq d’entre elles, le taux de D.F.P. atteint au moins 60 % ; un taux inférieur à 40 % y est exceptionnel.

À taux égal, les montants restent très dispersés : le besoin d’adaptation dépend de la nature des séquelles (usage d’un fauteuil roulant, impossibilité de gravir un escalier) et de la configuration du logement antérieur, que le taux ne mesure pas.

Montant médian alloué selon l’âge de la victime au jour du dommage

Pour les victimes blessées avant 40 ans, la médiane dépasse 20 000 € dans trois tranches sur quatre ; la tranche de 20 à 30 ans fait exception, à 9 800 €. Entre 40 et 80 ans, elle reste comprise entre 8 100 € et 14 800 € ; au-delà de 80 ans, elle tombe à 1 500 €, sur très peu de montants.

L’âge et la gravité des séquelles vont de pair : le taux médian de D.F.P. dépasse 70 % pour les victimes blessées avant 20 ans, contre 27 à 30 % entre 40 et 60 ans. Lorsque l’âge est connu, près des trois quarts des décisions allouant au moins 100 000 € concernent une victime blessée avant 40 ans. Les montants élevés des premières tranches ne peuvent donc être imputés à l’âge seul. La durée pendant laquelle la victime occupera le logement entre en outre dans la capitalisation du surcoût d’usage.

0 €40 000 €80 000 €1 507 €0–10 ans20–30 ans40–50 ans60–70 ans80–90 ans
Médiane observée : de 27 347 € en 0–10 ans à 1 507 € en 80–90 ans · . .

Recalculé le 30 octobre 2026

Siège de la juridiction et lieu de vie de la victime

Ventilés selon le siège de la juridiction, tous ordres et degrés confondus, les montants médians alloués au titre des frais de logement adapté vont, dans les dix villes les plus représentées, du simple au quadruple. Mais chaque ville ne réunit qu’une trentaine de décisions au plus : dans un poste où coexistent de simples aménagements et l’acquisition d’un logement, deux ou trois acquisitions suffisent à déplacer la médiane d’une ville. Aucune hiérarchie stable ne se dégage. Paris, ville la plus représentée, réunit aussi le plus grand nombre de décisions allouant au moins 100 000 €.

Lorsque le juge indemnise l’acquisition d’un logement, il en apprécie le coût au lieu de vie de la victime, qui ne coïncide pas nécessairement avec le siège de la juridiction. Le tribunal administratif de Grenoble apprécie ainsi le coût d’acquisition dans les Alpes-Maritimes, où la victime a sa famille proche. La cour d’appel de Poitiers retient le prix du foncier dans la commune où la victime « vit depuis des décennies », et le tribunal administratif de Cergy-Pontoise s’appuie sur une étude du marché immobilier local. Le coût d’une acquisition dépend ainsi du marché immobilier au lieu de vie de la victime plus que du ressort de la juridiction.

Neuf décisions commentées

Les médianes masquent les espèces. Les neuf décisions qui suivent montrent ce que les juridictions indemnisent sous ce poste, comment elles en fixent le montant et ce qu’elles écartent.

L’acquisition d’un logement lorsque la victime était locataire. La cour d’appel de Poitiers (23 sept. 2025, n° 23/02836), infirmant un jugement de rejet, alloue 828 841,52 €, montant demandé, à une victime en fauteuil roulant locataire depuis trente-neuf ans d’un logement social que ni l’immeuble ni l’appartement ne permettent d’adapter. L’assureur offrait subsidiairement 42 640,20 €, correspondant à un surcoût de loyer de 150 € par mois capitalisé. La cour retient au contraire l’acquisition d’un terrain et la construction d’une habitation, dont les frais « doivent être pris en charge en totalité par l’obligé à réparation, indépendamment de l’économie réalisée par le non-paiement d’un loyer », en se référant à Cass. 2e civ., 5 févr. 2015, n° 14-16.015 et Cass. 2e civ., 18 mai 2017, n° 16-15.912. Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (11 juill. 2024, n° 2003459) évalue à 1 556 000 € l’achat et l’adaptation de deux appartements réunis de 155 m², permettant de loger la tierce personne dont l’assistance permanente est nécessaire, le logement loué par la victime ne pouvant être adapté.

Le lieu et la consistance du logement. Le tribunal administratif de Grenoble (31 mars 2023, n° 2004287) alloue 700 000 € pour l’achat d’une habitation de plain-pied : le logement doit se situer « dans la localité où celle-ci établit avoir ses habitudes de vie et ses attaches affectives » et correspondre, « quant à sa consistance, à son âge et à sa situation de famille » ; il n’est tenu compte que de la victime et de son époux, les trois filles du couple ayant vocation à une vie indépendante. La cour d’appel d’Aix-en-Provence (30 avr. 2026, n° 21/07513), après une expertise architecturale, ne retient que 201 m² d’une maison de 409,96 m² construite par une victime atteinte d’un D.F.P. de 90 %, antérieurement locataire d’un appartement de trois pièces, et proratise le prix du terrain en conséquence. Elle alloue 762 640,94 €, dont 456 607,95 € pour le terrain et la construction et 306 032,99 € pour le surcoût annuel d’énergie, d’assurance, de taxe foncière et d’entretien, capitalisé ; le jugement avait alloué 788 343 €.

Le surcoût d’usage, en capital ou en rente. La cour d’appel d’Aix-en-Provence capitalise ce surcoût selon le tableau stationnaire du barème de la Gazette du Palais 2025. Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, sur une base de 9 500 € par an pour l’usage et l’entretien du logement et de ses aménagements, l’indemnise sous forme d’une rente trimestrielle revalorisée.

L’aménagement du logement existant, poste par poste. La cour administrative d’appel de Douai (1er déc. 2023, n° 21DA01397) examine le devis ligne par ligne. Elle indemnise la dépose d’une cheminée pour installer un lit médicalisé au salon et le remplacement d’une douche à rebord de 20 cm, mais écarte la cloison, la réfection des peintures et le remplacement des toilettes et du lavabo, faute de preuve de leur nécessité : 4 970,73 € au total. La cour d’appel de Rennes (4 mars 2026, n° 23/00744) confirme 23 635,43 € pour le réaménagement d’une chambre et d’une salle de bains au rez-de-chaussée, bien que l’expertise n’ait pas abordé la question : elle s’appuie sur la réponse de l’expert à un dire, selon laquelle « c’est la paralysie sciatique qui perturbe » la marche dans les escaliers.

Ce qui est écarté. La cour administrative d’appel de Marseille (7 juill. 2026, n° 24MA02568) rejette la demande appuyée sur un devis antérieur au fait générateur, l’expert n’ayant pas retenu l’imputabilité du besoin d’adaptation. La cour d’appel de Paris (28 mai 2026, n° 22/19153) refuse 9 090,91 € pour une pergola, « dépense de confort non vitale ». La cour administrative d’appel de Lyon (18 juin 2026, n° 25LY02198) écarte 2 398,34 € de matériaux destinés à créer des terrasses, mais maintient 3 379 € pour des toilettes surélevées et un monte-escalier.

Lire un montant. Un montant élevé au titre des frais de logement adapté agrège souvent plusieurs éléments distincts : prix du terrain ou du bien, coût de construction, droits de mutation, travaux d’adaptation et surcoût d’usage capitalisé. Dans les décisions qui indemnisent une acquisition, la qualité de locataire de la victime et l’impossibilité d’adapter le logement loué sont expressément relevées.

Réserve

Ce rapport a été produit avec l’assistance d’une intelligence artificielle générative, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les chiffres et indicateurs sont calculés à partir du corpus Themia ; les interprétations restent à la charge du lecteur. Les références jurisprudentielles citées ont vocation à être vérifiées avant tout usage professionnel.